Depuis la victoire électorale du Parti de gauche à Berlin, au plus tard, on parle désormais de « socialisation » même en dehors de la capitale. Mais que recouvre exactement cette idée ?
Que signifie socialisation ?
La socialisation signifie que nous transférons des biens qui appartiennent actuellement à des particuliers dans le domaine public et que nous prenons des décisions à leur sujet de manière démocratique et dans l’intérêt général. Il y a donc trois piliers :
Structure de la propriété : passer d’une poignée d’individus à l’ensemble de la société
Objectif : passer d’un usage privé à un usage orienté vers l’intérêt général
Processus décisionnels : passer des décisions prises par des individus à des décisions démocratiques.
Comment voulons-nous implémenter cela ?
Il est possible de lutter pour cela de différentes manières, tant par la voie parlementaire que par des initiatives autonomes.
L’une de ces voies est même inscrite dans la constitution – à l’époque de son élaboration, la socialisation était une position largement reconnue par la société. En effet, la constitution ne stipule nullement que nous devons vivre dans un système économique capitaliste : après la Seconde Guerre mondiale, non seulement les syndicats et le SPD, mais aussi la CDU s’accordaient à dire qu’un capitalisme pur n’était pas souhaitable. C’est ainsi que l’article 15 de la constitution allemande a été créé. Il stipule :
« Les terres, les ressources naturelles et les moyens de production peuvent, à des fins de socialisation, être transférés à la propriété collective ou à d’autres formes d’économie collective par une loi qui régit la nature et l’étendue de l’indemnisation. »
Par ailleurs, nous pouvons également créer de notre propre initiative des lieux communs dédiés au travail autonome et à la vie en communauté solidaire. Il existe de nombreux exemples de tels projets, comme par exemple l’Ackersyndikat.
Les socialisations et les nationalisations sont-ils la même chose ?
Non ! La socialisation signifie que ce ne sont pas les politicien·ne·s qui décident seul·e·s, mais que les personnes concernées peuvent prendre les décisions selon un principe de démocratie participative. Dans le cas des hôpitaux, par exemple, il pourrait s’agir des personnes résidant dans le quartier concerné ; pour les groupes énergétiques, des consommateurs d’électricité ; et pour les plateformes numériques, de leurs utilisatrices. Les salarié·e·s bénéficieraient également de droits de participation plus étendus. Les entreprises ne deviendraient donc pas des entreprises d’État, mais passeraient sous le régime de la propriété publique.
Les « établissements de droit public » (Anstalten des öffentlichen Rechts) constituent un moyen de mettre cela en œuvre. Ils ont pour objectif d’assurer durablement des missions de service public. Parmi les exemples existants, on peut citer les services municipaux chargés de l’approvisionnement en énergie et en eau des communes, les chaînes de télévision telles que la WDR ou les réseaux de transport comme le Verkehrsverbund Rhein-Ruhr (VRR).
Nos initiatives comprennent en outre des projets dans lesquels la gestion collective est déjà mise en œuvre de manière très directe, par exemple les Offene Werkstätten.
Il y a déjà eu des socialisations en Allemagee ?
Oui et non : jusqu’à présent, aucune socialisation n’a encore été effectuée en vertu de l’article 15. Après la Seconde Guerre mondiale, les citoyen·ne·s de Hesse ont toutefois décidé, lors d’un référendum et sur la base d’un article de la Constitution régionale de ce Land, de socialiser l’exploitation minière, la production de fer et d’acier, le secteur de l’énergie ainsi que les transports ferroviaires. Ces entreprises ont toutefois été reprivatisées dès 1965.
Ces dernières années, les remunicipalisations, c’est-à-dire le transfert de biens privés vers la propriété d’une ville, ont souvent été imposées par la population – comme par exemple l’initiative « Unser Hamburg – unser Netz » (Notre Hambourg – notre réseau) ou l’« Energietisch » (Table ronde d’énergie) de Berlin.
Par ailleurs, l’initiative « Deutsche Wohnen und Co. enteignen » (Exproprier Deutsche Wohnen et Cie) a organisé en 2021 un référendum au cours duquel la majorité des Berlinois·es s’est prononcée en faveur de la socialisation des grands groupes immobiliers. Comme les responsables politiques compétent·e·s ont jusqu’à présent traîné les pieds, Deutsche Wohnen und Co. enteignen prépare actuellement un deuxième référendum – cette fois-ci accompagné d’un projet de loi concret qui, en cas de vote favorable, devra être directement mis en œuvre.
Pourquoi est-ce que nous voulons des socialisations ?
Nous sommes convaincu·e·s que notre système actuel, dans lequel une poignée de personnes, surtout riches et privilégiées, prennent les décisions économiques, conduit à ce que ce soient avant tout leurs intérêts qui soient pris en compte. Les plateformes des géants de la tech servent tout autant les intérêts lucratifs que l’immobilier détenu par les grands groupes, un système énergétique géré par le secteur privé, les hôpitaux privés…
Il en résulte des loyers élevés et des logements délabrés, une transition énergétique au ralenti, ainsi qu’une politique sociale et sanitaire visant à réduire les coûts et à maximiser le rendement au travail, au lieu de créer les conditions d’une vie de qualité et aussi autonome que possible pour toutses.
